Quand Apple offre quelque chose aux développeurs, mieux vaut relire les conditions deux fois avant de sortir le champagne. iOS 27 est arrivé le 14 septembre avec un joli cadeau sous le bras : votre app peut désormais parler au modèle d'IA d'Apple, sur le téléphone ou sur les serveurs d'Apple, sans sortir un centime ni coller une clé d'API quelque part. Si vous repoussez « la fonctionnalité IA » depuis des mois à cause de la facture serveur, ça vaut bien un café et dix minutes de lecture.
Le téléphone réfléchit (jusqu'à un certain point)
Le modèle embarqué est ouvert aux apps depuis iOS 26, via un framework au nom très modeste de Foundation Models. Il tourne sur l'iPhone lui-même, marche en mode avion, ne coûte rien par requête et n'envoie jamais le texte de vos utilisateurs nulle part, le genre d'argument que votre juriste adore entendre. Pour iOS 27, Apple l'a reconstruit : meilleur en logique, meilleur pour appeler les fonctions de votre app, et il sait maintenant regarder des images, si bien que « qu'est-ce qu'il y a sur ce ticket de caisse ? » devient une question tout à fait raisonnable.
En revanche, ce n'est pas un génie doté d'une grande mémoire. Son contexte est court, quelques pages de texte au plus : parfait pour résumer une note ou trier une liste, nettement moins brillant pour digérer un contrat de quarante pages.
Ensuite le cloud, gratuit, avec un astérisque
Voici la vraie nouveauté. Les apps tierces peuvent maintenant envoyer leurs requêtes au grand modèle d'Apple qui tourne sur Private Cloud Compute, avec un contexte de 32K tokens et plusieurs niveaux de raisonnement. Pas de compte à créer, pas de clé à laisser traîner dans un dépôt public : c'est l'appareil de l'utilisateur qui s'occupe de l'authentification. Chaque utilisateur a un quota de requêtes par jour, et quand il l'épuise, Apple lui suggère gentiment une offre iCloud+ plus grande (on ne se refait pas).
Vous, le développeur, ne payez rien, tant que trois conditions sont réunies : être inscrit au App Store Small Business Program, totaliser moins de 2 millions de premiers téléchargements sur l'ensemble de vos apps, et avoir demandé l'autorisation (l'« entitlement ») à Apple.
Et maintenant l'astérisque. Si l'une de vos apps dépasse les 2 millions, ou si vous sortez du Small Business Program, Apple vous prévient et vous laisse six mois pour aller voir ailleurs, et la page ne mentionne aucune offre payante pour rester. Autrement dit, le succès vous met à la porte. C'est le plus beau problème qu'une app puisse avoir, mais mieux vaut y penser le premier jour plutôt que le matin où votre app fait le buzz.
La porte de sortie est déjà prévue
Apple semble le savoir, car le framework propose maintenant un protocole commun sur lequel n'importe quel modèle peut se brancher, et Apple a annoncé qu'Anthropic et Google publient des paquets Swift pour cela (payés au token, chez eux, donc là le repas n'est plus offert). Vos écrans et vos consignes ne bougent pas quand vous changez le moteur, et passer du modèle embarqué au modèle cloud tient, littéralement, en une ligne :
func makeSession() -> LanguageModelSession {
if #available(iOS 27.0, *) {
let cloud = PrivateCloudComputeLanguageModel()
if cloud.isAvailable {
return LanguageModelSession(model: cloud)
}
}
return LanguageModelSession() // on-device model
}
Le bon chemin ressemble au schéma ci-dessus : essayer d'abord le modèle sur le téléphone, monter vers Private Cloud Compute quand la tâche demande plus de contexte ou un vrai raisonnement, et quand le réseau a disparu, que le quota du jour est épuisé ou que l'appareil ne peut tout simplement pas faire tourner l'IA d'Apple, revenir au modèle local ou à un écran qui s'en passe. Apple conseille d'ailleurs de réessayer sur le téléphone quand une requête cloud échoue faute de réseau, et d'afficher le quota dans l'écran plutôt que dans une énième alerte que personne ne lit.
Les invités qui n'ont pas reçu le carton
C'est la partie sur laquelle la keynote ne s'attarde pas. Les deux modèles d'Apple ne tournent que sur les appareils compatibles Apple Intelligence, c'est-à-dire l'iPhone 15 Pro et les iPhone 16 ou plus récents, dans une région et une langue prises en charge. Quelqu'un sur un iPhone 13 n'a rien, et vos utilisateurs Android n'ont jamais été sur la liste des invités. La fonctionnalité IA doit donc rester un bonus, ou s'appuyer sur une solution serveur pour tous les autres. La vérification tient en quelques lignes, et l'oublier, c'est livrer un joli bouton qui ne fait rien sur la moitié des téléphones :
import FoundationModels
func summarize(_ text: String) async throws -> String? {
let model = SystemLanguageModel.default
guard case .available = model.availability else {
// Older iPhone, Apple Intelligence turned off, or model still downloading:
// hide the feature or offer another path.
return nil
}
let session = LanguageModelSession(
model: model,
instructions: "Summarise the text in three short sentences."
)
let response = try await session.respond(to: text)
return response.content
}
Et si vous passez par un modèle tiers, la règle 5.1.2(i) de l'App Store vous demande de dire clairement quand des données personnelles partent vers une IA tierce, et d'obtenir une permission explicite avant. Une phrase polie et un interrupteur, rien d'héroïque, mais les relecteurs d'Apple la lisent.
Concrètement, je ferais quoi ?
Je choisirais une seule fonctionnalité qui fait gagner du vrai temps aux gens (pas un badge « IA » pour faire joli sur la fiche du store) et je l'essaierais d'abord sur le modèle embarqué, ce qui est aussi le conseil d'Apple avant de passer au cloud. Si elle ne suffit pas et que vous y avez droit, demandez l'autorisation maintenant et testez via TestFlight, puisque les installations de test ne comptent pas dans les fameux 2 millions. Je dessinerais aussi l'écran de repli avant le bel écran, parce que c'est celui qu'une bonne partie de vos utilisateurs verra vraiment. Et quoi que vous décidiez, la mise à jour viendra vous chercher de toute façon : à partir d'avril 2027, les envois sur l'App Store exigeront le SDK iOS 27, exactement comme la règle Xcode 26 a surpris pas mal de monde cette année.
Si vous voulez de l'aide
J'ajoute des fonctionnalités d'IA dans des apps iOS et Android, confidentialité et règles des stores comprises, et tout est détaillé sur la page intégrer l'IA dans une application mobile. Si vous préférez d'abord savoir où en est votre app avant d'y ajouter quoi que ce soit d'intelligent, l'audit en cinq jours est fait pour ça.
Sources : What's new in the Foundation Models framework (WWDC26), Build with the new Apple Foundation Model on Private Cloud Compute (WWDC26), Adding server-side intelligence with Private Cloud Compute, conditions d'accès à Private Cloud Compute, actualités Apple Developer, App Review Guidelines, Apple Newsroom, 14 septembre 2026.